Published: November 6, 2006, L'Agéfi
Le capital-risque remonte la pente mais évite de retomber dans des excès
Selon Adveq, le nombre d’entrées en Bourse de sociétés financées à l’aide du capital-risque s’est établi en 2005 à 60 en Europe, contre 44 aux Etats-Unis et 21 en Asie.
by Yves Hulmann
Au sein de l’industrie du private equity, le segment du capital-risque s’est fait voler la vedette ces deux dernières années par les opérations toujours plus spectaculaires réalisées en matière de «buyout», soit le rachat de tout ou d’une partie d’entreprise par des fonds d’investissement. Alors qu’en 2000, les montants mis à disposition du capital-risque représentaient plus des deux tiers de l’ensemble des fonds alloués au capital-investissement, la situation s’est complètement inversée à partir de 2003 (voir illustration). Ce mouvement s’est accompagné d’opérations de rachat portant sur des montants toujours plus spectaculaires, qui ont culminé en juillet dernier avec la mainmise par un consortium de sociétés de private equity sur le groupe hospitalier américain HCA, acquis pour près de 33 milliards de dollars, dont la plus grande partie a été financée à l’aide de la dette. Une opération si démesurée par rapport à la taille usuelle des transactions effectuées durant les années précédentes que nombre de spécialistes voient déjà dans le rachat de HCA un signal de fin de cycle pour les opérations de rachats à effets de levier. Si 2006 est vu comme le point culminant pour les opérations de «buyout», le segment du capital-risque va-t-il prendre le relais au sein de l’industrie du private equity? Le capital-risque
évolue à l’équilibre
Après les excès du tournant du millénaire, puis le creux qui s’en est suivi durant les années 2002 et 2003, les montants levés et investis dans le capital-risque se maintiennent à l’équilibre pour la période 2004 à 2006, juge Adveq, gérant zurichois de fonds de fonds spécialisé dans le secteur du private equity pour la clientèle institutionnelle. En valeur absolue, le financement de nouvelles sociétés à l’aide du capital-risque reste largement dominé par les Etats-Unis. Les volumes levés et investis outre-Atlantique sont près de cinq fois supérieurs à l’Europe. Considéré dans son ensemble, le secteur ne laisse apparaître aucun véritable signe de retour à l’euphorie, en dépit d’un contexte boursier porteur et du rythme accru du nombre d’entrées en Bourse ces derniers mois. A cet égard, il a été possible d’observer un important rattrapage du nombre d’IPO effectuées sur le Vieux Continent: le nombre d’entrées en Bourse de sociétés financées à l’aide du capital-risque s’est établi à 60 en Europe en 2005, contre 44 aux Etats-Unis et 21 en Asie. En termes de fonds levés, la situation est inverse: la valorisation (post-IPO) des sociétés introduites en Bourse a atteint environ 9,46 milliards de dollars aux Etats-Unis, contre 4,26 milliards en Europe et 2,18 milliards pour l’Asie en 2005. En moyenne, les firmes américaines ont ainsi levé pour 215 millions de dollars l’an dernier, contre 104 millions en Asie et seulement 71 millions en Europe. Le capital d’amorçage
reste modeste en Europe
Avant d’arriver au stade de l’entrée en Bourse ou d’effectuer un «exit» sous une autre forme, les sociétés requièrent des apports de fonds à différents stade de leur développement. A cet égard, les données rassemblées par Adveq font état d’une évolution stable depuis 2001 de la répartition des montants alloués pour chacune des différentes étapes du capital-risque (phase d’amorçage, premier, second, et dernier tour de financement) aux Etats-Unis, observe Rainer Ender, managing director chez Adveq. En Europe, l’image d’ensemble est similaire, avec des montants plutôt modestes en ce qui concerne le capital d’amorçage et un report vers les phases ultérieures. Faut-il dès lors craindre une absence de relève? Rainer Ender nuance ce manque apparent de financement mis à disposition pour la création de nouveaux projets: «Aujourd’hui, beaucoup de nouvelles entreprises créées ne recourent pas forcément au capital-risque au moment de leur fondation, qui est souvent financée par des fonds privés. La nécessité d’apporter des capitaux additionnels extérieurs se fait davantage ressentir à un stade plus avancé de leur développement». Les applications priment
sur la seule technologie
Quant aux nouveaux «trends» à suivre dans l’industrie du capital-risque, Rainer Ender observe en premier lieu un déplacement de la technologie proprement dite aux applications commerciales qui en découlent. Alors qu’à la fin des années 1990, beaucoup de moyens s’orientaient vers les infrastructures (réseaux, équipements hardware), ce sont désormais les applications commerciales rendues possibles à l’aide de ces technologies (plateformes internet, succès de YouTube, etc. ) qui occupent le devant de la scène. Dans les autres secteurs, le responsable d’Adveq cite en particulier l’attrait de deux domaines: les technologies environnementales, portées par les nouvelles impulsions provenant de l’Etat de Californie et de la Chine, ainsi que les sciences de la vie. Ce dernier secteur continuera d’afficher un rythme d’innovations élevé résultants du décryptage du génome humain. Une découverte surestimée au départ, avant de retomber ensuite quelque peu dans l’oubli, mais qui va continuer d’alimenter les sciences de la vie avec des innovations importantes. S’agissant des nanotechnologies, le responsable d’Adveq se montre plus réservé: il ne s’agit pas ici d’un nouveau thème d’investissement proprement dit, mais d’un ensemble de techniques qui influenceront une multitude d’autres secteurs. Investir dans des sociétés uniquement parce qu’elles portent la particule «nano» n’est de ce fait certainement pas recommandé, considère Rainer Ender.